Plusieurs projets, plusieurs métiers et je l’avoue, mettre à jour les actualités du site est devenu une tâche moins prioritaire ces derniers mois. Il est donc temps d’y remédier avec mon projet photographique de ce printemps qui est la continuité de celui de l’année dernière : le suivi des Nyctales de Tengmalm.
Retour sur le terrain : une méthode pour les trouver
La Nyctale de Tengmalm est une espèce discrète et difficile à trouver. Pour couronner le tout, il s’agit d’un oiseau nocturne dont les populations fluctuent d’une année sur l’autre en fonction de la fructification de certains arbres et donc de la reproduction des rongeurs.
Le bilan de l’an passé fût très bon sur mon secteur avec deux nichée de 4 à 5 poussins pour un seul mâle. Cela n’augure rien de bon pour cette année. En observant cet outils, on peut constater les fluctuations du nombre de données par semaine et par an. On peut également interpréter les bonnes années comme celles ayant suivi une bonne fructification, notamment celle du hêtre.
Si on s’en tient aux données, je serai mieux de rester chez moi et attendre 2026. Heureusement, la nature est plus mystérieuse que cela et même des années peu favorables peuvent donner de belles observations.
Une méthode pour les amener toutes
Le premier point positif pour mon secteur : il n’y a pas de hêtres. Cela veut dire que je peux m’affranchir en partie du problème de cycle de fructification de cette espèce.
Le second point positif est lié au mode de vie de la Tengmalm. Il y a une grande mobilité de l’espèce avec un nomadisme plus ou moins imprévisible mais surtout inégale en fonction du genre. Les femelles sont beaucoup plus mobiles que les mâles qui vont avoir tendance à garder leur territoire. Cela peut s’expliquer par la difficulté de trouver des cavités pour attirer une femelle.
Le dernier point positif est lié à l’absence de reproduction. En cas d’année sans femelle dans le secteur, la période de chant chez le mâle peut durer beaucoup plus longtemps et il peut chanter plus tôt en soirée, voir même en pleine journée, ce qui permet de le localiser pour faire des images en dehors des loges.
Et dans les ténèbres les photographier
Concrètement, qu’elle est ma méthode pour trouver les rapaces nocturnes forestiers comme la Tengmalm.
Pour commencer, je fonctionne uniquement avec de la prospection auditive. Donc, si je n’ai pas de mâle chanteur, je n’aurai pas d’images. Certains utilisent des pièges audios pour optimiser les périodes d’écoutes mais je n’ai encore jamais essayé. Une fois un oiseau chanteur localisé, je me rends sur place. L’avantage de la Tengmalm est qu’elle est assez indifférente à la présence humaine (ce n’est pas une excuse pour tout piétiner et déranger, il y a d’autres animaux en forêt). Une fois au point d’émission le plus proche, je note un point GPS pour être capable de revenir sur place en plein jour. Voici deux ressources très intéressantes sur le chant de la Tengmalm (en anglais) Wild echoes et The Sound Approach.
La deuxième étape est, comme écrit juste au dessus, de revenir en plein journée. Le mâle de Tengmalm chante presque toujours à côté d’une loge potentielle pour la reproduction. Il y dépose une offrande et va même jusqu’à chanter depuis la loge. Il ne reste plus qu’à patienter jusqu’à la nuit pour qu’il réapparaisse. Si le mâle semble avoir abandonné le premier site de chant, cela peut vouloir dire qu’une femelle a élu domicile et il commencera à chanter sur un autre site plus ou moins loin.
Je vous conseille d’attendre deux semaines pour éventuellement gratter le tronc du premier site pour vérifier si une femelle s’est installée. Si une femelle est effectivement en train de couver, inutile de regratter. La loge est occupée et les oiseaux finiront par se montrer. Le grattage est à utiliser avec extrême parcimonie.